
16 janvier 2024 • 4 minutes de lecture
Alain Berset a fait ses adieux au Conseil fédéral en claquant des talons devant une caméra. Quelques semaines plus tôt, une élue fribourgeoise se faisait filmer – au ralenti ! – lors de son arrivée au Palais fédéral. Pourquoi ce complexe de la starlette ?

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« Mégalo », « incompatible avec les valeurs suisses », « indigne de la fonction », « Charlot »... Les réactions ne sont pas tendres avec les tentatives de nos élus de se rendre proches du peuple dans des mises en scène plus ou moins réussies. Mais comment expliquer ce désir fou de starification ?
Nous avons posé la question à Nicolas Jutzet, très critique à l’égard de la professionnalisation de la politique suisse dans son récent essai « La Suisse n’existe plus ».
Notre vidéo présentant le livre de Nicolas Jutzet.
Depuis plusieurs années, et particulièrement durant la pandémie, des humoristes ont été mobilisés pour nous faire passer des messages très sérieux (prévention, gestes barrières, appels à la vaccination...). Est-ce qu’il était fatal que les élus se transforment à leur tour en clowns ?
Cette réalité pose deux questions différentes. En théorie, l’humour et la satire servent à critiquer le pouvoir et à dénoncer ses excès. Or, j’observe que, dans bien des cas, les artistes ou humoristes s’engagent pour renforcer le pouvoir de l’État et accompagnent, par exemple durant la pandémie, ses messages au lieu de maintenir une distance saine et critique avec lui. Des rebelles tellement antisystèmes qu’ils veulent lui donner davantage de pouvoir... Mais pour répondre au fond de la question : la professionnalisation de la vie politique, qui a vu émerger en Suisse une classe politique qui vit de plus en plus de la politique et non plus pour la politique, pour reprendre une formule de Max Weber, entraîne naturellement un basculement du fond à la forme. Si en 1975, seuls 27% des parlementaires se disent professionnels de la politique, ce chiffre s'approche des deux tiers aujourd’hui. Le tiers restant se considère comme « semi-professionnel ». 2% affirment aujourd’hui être des politiciens de milice, contre 24% en 1975. Auparavant, le peu de temps disponible pour faire de la politique faisait que le fond était au centre de l’engagement. Aujourd’hui, vu que les politiciens sont bien souvent obligés de se faire réélire faute de mener une carrière professionnelle en parallèle dans le privé, les moyens engagés dans la communication tendent à prendre le pas sur le fond. Par ailleurs, l’éloignement d’avec le monde réel, engendré par une professionnalisation de l’engagement politique qui par nature fait que les élus évoluent dans des sphères plus homogènes socialement que s’ils menaient une carrière dans le privé, fait que la publicité faite autour de leur engagement politique perd peu à peu de sa modestie et donne lieu à des vidéos et des mises en scène lunaires dans le contexte helvétique, qui traditionnellement n’aimait pas les têtes qui dépassent.

Extrait de la vidéo diffusée sur X (ex-Twitter) par Alain Berset lors de son départ du Conseil fédéral.
Ce goût de la mise en scène a-t-il un lien avec la professionnalisation de la politique que vous dénoncez dans votre dernier essai ?
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