
16 février 2024 • 7 minutes de lecture
De passage en Suisse romande, l'ambassadrice d'Israël en Suisse Ifat Reshef nous a accordé un entretien exclusif.
Alors qu'Israël semble perdre la bataille de l'opinion publique, depuis les attaques du 7 octobre dernier, la diplomate a accepté d'aborder les thèmes qui fâchent : les accusations de disproportion dans la riposte de son pays, la liberté d'expression, la neutralité suisse...
Madame l’ambassadrice, merci de nous accorder cet entretien. Au vu des démarches nécessaires à sa préparation, je me suis demandé si vous étiez en danger, même dans un pays neutre comme le nôtre ?
Ma situation personnelle importe peu, ce qui compte c'est l'Etat d'Israël, que je suis fier de représenter, mais qui traverse des moments difficiles. Par ailleurs, j'ai une confiance totale envers les professionnels suisses qui veillent à la sécurité de tous les diplomates et je connais l'efficacité de nos propres équipes de sécurité. Toutefois, le danger est flagrant à l’échelle mondiale : une énorme machine de propagande a été mise en marche le 7 octobre pour présenter notre pays comme l'agresseur et non plus comme la victime. En outre, le terrorisme mené par l'Iran constitue un danger pour les Israéliens dans le monde entier. Aujourd'hui, l'Iran et ses alliés constituent le principal danger pour la paix et la sécurité, non seulement du Proche-Orient, mais au-delà, jusqu’en Europe. Le Hamas n'est qu’un relais (ndlr, « proxy ») de l’Iran parmi d’autres.
J’aimerais ajouter que l’on observe une dangereuse dérive de la critique, légitime, de la politique israélienne. Aujourd’hui, elle déborde sur de l’antisémitisme caractérisé et met des vies en danger. Cette poussée des actes haineux s’observe dans toute l’Europe, mais aussi en Suisse. Elle doit être combattue à tous les échelons du système politique.
C’est ce climat qui explique que beaucoup de journaux refusent carrément de vous rencontrer ?
Je ne veux faire le procès de personne ni d’aucun secteur : de telles postures caractérisent aussi des acteurs du monde académique et même certains hommes politiques, par exemple, et pas seulement des journalistes. Mon hypothèse est qu’en général, les personnes qui refusent de me rencontrer ont déjà une opinion et ne souhaitent pas la confronter aux faits que je pourrais apporter. Mais pour tout dire, je ne comprends pas que des personnes actives dans l’enseignement, l’écriture ou le débat public en général puissent refuser le dialogue.
Vous avez le sentiment que nous ne croyons plus à la démocratie ?
Non, la réalité est bien plus grave : beaucoup de gens ne croient plus aux faits. Il y a cette idée que l’on peut choisir, en quelque sorte, la vérité qui nous arrange. J’en ai une perception aiguë depuis les attaques du 7 octobre : pensez, certaines personnes refusent même d’admettre qu’il s’est passé quoi que ce soit, ou prétendent que le Hamas a uniquement visé des militaires. Même si on leur montre les images horribles prises par les terroristes eux-mêmes, ils refusent d’admettre les faits.

Mouvement de lutte contre l'antisémitisme, la CICAD ne fait pas toujours l'unanimité avec ses méthodes, parfois jugées agressives.
Depuis des années, en Suisse romande, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) mène une politique très agressive contre ses adversaires. Cela ne favorise-t-il pas ce genre de réactions ?
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